Prendre le temps de la recherche -« trajectoire 4A »

Greenselipar et Climate Adaptation Consulting (CAC), poursuivent leur trajectoire commune, stimulante et joyeuse sur l’intégration de l’adaptation au changement climatique et de la résilience dans les politiques des collectivités territoriales.

Cette fois-ci, nous contribuons ensemble au projet de recherche piloté par Christine Voiron-Canicio du  laboratoire ESPACE, UMR CNRS. Le projet  intitulé « Trajectoire 4A1 » s’intéresse à la l’intégration des trajectoires territoriales d’adaptation et d’atténuation des collectivités dans les documents de planification d’urbanisme.

La recherche action s’attaque à trois problématiques (i) la mise en trajectoire des actions de la politique climatique et de la planification territoriale, et l’articulation des différents horizons de temps et d’espaces ; (ii) la dynamique évolutive de l’adaptation, induite par divers types de changements opérant en continu ; (iii) les réajustements de la trajectoire d’adaptation et les conditions de mise en oeuvre d’une planification dynamique et flexible.

La finalité du projet est double 1- aider les collectivités territoriales à intégrer la dimension dynamique des phénomènes dans leur planification stratégique d’atténuation et d’adaptation au changement climatique et à articuler les urgences à court terme, les plans à moyen terme et l’action à très long terme; 2- les guider dans les réajustements de leur stratégie par des outils d’aide à la décision novateurs (numérisation et 3 D).

Le projet démarre par la production d’un panorama de l’intégration des trajectoires d’adaptation et d’atténuation dans les documents de planification (SCOT/PLUI et PLU) à partir d’un échantillon de 6 collectivités exemplaires. 

Merci à Christine Voiron-Canicio de nous avoir invitées (CAC et Greenselipar) à rejoindre son équipe de recherche.

Adapter – Anticiper – Articuler – Ajuster

# mission résilience territoriale pour l’ADEME Ile-de-France : les 3 principaux enseignements 

Collage Resilience Territoriale copyright Greenselipar 2021

Six mois après la fin de la mission exploratoire sur la résilience territoriale pour l’ADEME Ile-de-France, nous avons le recul suffisant sur la méthode que nous avons développée pour en tirer les principaux enseignements. Ils sont au nombre de 3 :

  1. Le récit imaginaire d’une situation de choc et de stress climatique est un puissant déclencheur de prise de conscience de l’urgence et des capacités d’agir en coopération pour contribuer à la résilience territoriale ;
  2. La grille de lecture de la résilience territoriale favorise une approche systémique de la résilience territoriale ;
  3. L’approche par la résilience territoriale met en lumière les « angles morts » des politiques territoriales de transition écologique et d’adaptation au changement climatique .
  1. Le récit imaginaire de choc, situé en 2035, agit comme un puissant déclencheur et un moteur vers l’action :  il permet de « vivre » et prendre pleinement conscience que les territoires ne sont pas prêts pour un « grand choc », il donne envie d’agir et crée des liens entre les participants, mais aussi une responsabilité « une fois qu’on sait », y compris auprès des élu.e.s, directeurs.rices et acteurs. Le récit imaginaire de choc a été plébiscité par les 4 collectivités accompagnées comme agissant à la fois comme « déclencheur » et comme moteur auprès des participant.es aux ateliers de travail,. 

Le principe est de confronter les acteurs dont on recherche l’engagement (élu.es, agents, partenaires) à un récit de choc climatique plausible à moyen terme (2035) et « territorialisé » (au sens où les acteurs reconnaissent leur territoire de vie), pour leur faire prendre conscience des vulnérabilités, effets cascades et possibilités d’agir. En pratique, le récit immerge rapidement dans une réalité sensible qui permet de s’identifier et de se projeter : il met en situation les effets en cascade d’un choc climatique sur la vie socio-économique et il met en évidence les forces, les faiblesses et les manques du territoire pour y faire face. Il fait aussi prendre conscience des capacités d’agir car il raconte ce qui a pu être évité en mettant en place dès aujourd’hui des actions.  Le récit de choc agit comme déclencheur dans les sens où il appelle à l’action, favorise la création de liens entre les participant.es et une responsabilité entre les parties prenantes.

  1. La grille de lecture de la résilience territoriale favorise une approche systémique de la résilience territoriale tout en sensibilisant sur « ce qui fait la résilience d’un territoire »  (= les dimensions indispensables pour qu’un territoire soit résilient). De plus, notre grille de résilience territoriale a permis de structurer  l’ensemble de la démarche exploratoire : la sélection des personnes à inviter aux ateliers, la construction du récit de choc, la réalisation du diagnostic de résilience territoriale en 2 ateliers de 3 heures et l’identification des grands défis et des actions.
  1. L’approche par la résilience territoriale éclaire des « angles morts » des politiques territoriales de transition écologique : la démarche a fait émerger le manque de connaissances et de prise en compte de la résilience aux chocs dans les PCAET, les stratégies d’adaptation, les plans de gestion des risques, les PAT, les projets d’aménagement… Par exemple la question de la couverture des besoins essentiels vitaux (manger, boire, dormir, accéder à l’énergie… ) lors de crises majeures n’est jamais posée, la cohésion sociale et les capacités d’auto-organisation sont méconnues et peu encouragées par la collectivité, la coopération des acteurs autour des réseaux critiques est largement insuffisante d’où un manque de confiance mutuelle…. et des actions « de rupture » qui n’auraient pas émergé sans cela.

Ce dernier point interroge la pertinence d’utiliser une approche de résilience territoriale pour consolider les politiques territoriales de transition écologique et de planification (aménagement, mobilité..), en particulier sur le volet adaptation au changement climatique.

Rendez-vous au prochain article qui interrogera comment l’approche résilience territoriale peut renforcer le volet adaptation des PCAET et insuffler une nouvelle dynamique territoriale aux PCAET. 

Rachel, Lisa, et Catherine

Climate Adaptation Consulting et Greenselipar

#résilienceterritoriale #adaptation #changementclimatique #ademe

Présentation de la mission sur le site de l’ADEME : https://wiki.resilience-territoire.ademe.fr/wiki/Accompagnement_de_territoires_pilotes_franciliens_dans_leur_réflexion_sur_la_résilience_territoriale

Le rapport de la mission est publié sur la librairie de l’ADEME : https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4616-la-resilience-territoriale-des-collectivites-en-ile-de-france-mission-exploratoire.html

Nous avons réalisé un « Panorama des cadres, méthodes de diagnostic et outils sur la résilience territoriale » disponible sur la librairie de l’ADEME : https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4616-synthese-du-panorama-des-cadres-methodes-de-diagnostic-et-outils-sur-la-resilience-territoriale.html

# mission résilience territoriale pour l’ADEME Ile-de-France réussie

La mission d’accompagnement vers la résilience territoriale de collectivités franciliennes nous a beaucoup occupées en 2021. Pendant 6 mois nous avons accompagné en parallèle 4 collectivités franciliennes dans leurs premiers pas vers la résilience territoriale, démarches exploratoires que nous avons capitalisées avec 10 autres collectivités qui ont joué le jeu du « miroir » en challengeant les démarches et les résultats. 

Chacune des quatre collectivités pilote est allée au bout de la démarche exploratoire : 3 ateliers participatifs (élu.es, agents, partenaires institutionnels et privés, réprésentant.es de la société civile..) de 3 heures chacun, ont produit 1- une prise de conscience collective de l’urgence et des capacités d’agir en coopération pour engager la résilience de chacun des territoires  2- un diagnostic partagé de l’état initial des forces et faiblesses des territoires en terme de résilience à la thématique de choc choisie (pénurie alimentaire, pénurie d’eau, pénurie énergétique, et résilience des services publics) 3- des pistes d’actions pour répondre aux premiers défis à relever.

L’approche systémique de la résilience territoriale est efficace pour appréhender des champs d’actions peu abordés par les politiques de transition écologique et d’adaptation au changement climatique. 

Par exemple, en cas de stress ou de choc, comment soutenir les capacités d’entraide et de la société civile, comment organiser la continuité des services publics et privés essentiels, comment garantir la couverture des besoins vitaux, comment assurer la robustesse des infrastructures (transport, stockage, distribution…) ?

L’approche systémique par la résilience territoriale pousse plus loin l’analyse transversale au sein des collectivités et entre collectivités, ce qui oblige à interroger les gouvernances (intra et extra-territoriales ) , les cohérences, les interdépendances et les antagonismes des politiques publiques de transition. 

Elle aborde également des questions mises en lumière par la pandémie de COVID telles que les risques de pénuries (d’eau, alimentaire, énergétiques, de main d’œuvre, de matières, de produits manufacturés, etc.…), les solidarités nécessaires (entre personnes, acteurs, territoires, organisations), le bien-être et le bien devenir des personnes et en particulier des plus vulnérables.

Passer au crible de la résilience territoriale les politiques publiques qui portent les transitions écologiques (les Plans Climat Air-Energie Territoriaux, les Plans Alimentaires Territoriaux, les Agenda 21, les politiques d’économie circulaire, les projets de territoire…) va permettre de renforcer ces angles morts et de construire des dynamiques d’actions pour aller, au-delà de l’adaptation et de la transition écologique, vers la voie de la transformation territoriale

Les collectivités pilotes de cette démarche exploratoire ont apprécié son opérationnalité,  « ça été très pragmatique, on n’a pas passé 1 an à faire un diagnostic » ;  en 3 ateliers de 3 heures avec un groupe constitué, « on a des pistes d’actions, cela a permis d’ouvrir les esprits ».

Alors on attend que ce soit irréversible ? Ou bien on profite de ce moment de conscience collective produit par la COVID pour réfléchir avec les acteurs de son territoire à sa transformation vers plus de résilience ?

Rachel, Lisa, et Catherine

Climate Adaptation Consulting et Greenselipar

#résilienceterritoriale #adaptation #changementclimatique #ademe

Les collectivités pilotes sont l’EPT Plaine Commune, la CA Marne-et-Gondoire, la CA Grand Paris Sud, le Conseil Départemental du Val de Marne

Présentation de la mission sur le site de l’ADEME : https://wiki.resilience-territoire.ademe.fr/wiki/Accompagnement_de_territoires_pilotes_franciliens_dans_leur_réflexion_sur_la_résilience_territoriale

Le rapport de la mission n’est pas encore publié

Nous avons réalisé un « Panorama des cadres, méthodes de diagnostic et outils sur la résilience territoriale » disponible sur la librairie de l’ADEME : https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4616-synthese-du-panorama-des-cadres-methodes-de-diagnostic-et-outils-sur-la-resilience-territoriale.html

Mission résilience territoriale pour l’ADEME Ile-de-France, Climate Adaptation Consulting et Greenselipar

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La mission d’accompagnement vers la résilience territoriale de 4 collectivités franciliennes continue sur sa lancée après une première session d’ateliers réunissant des acteurs et actrices de ces territoires. En partant d’un narratif de choc plausible à l’horizon 2035, nous avons abouti à une première identification des forces et des faiblesses de chaque territoire selon l’angle de la résilience territoriale.

« L’effet de récit nous plonge brutalement dans une réalité. Les effets sont plus marquants que le bruit de fond et les discours des experts. L’impact est plus fort. On est pris par le truc ».

Premier résultat tangible : une prise de conscience largement exprimée qu’il est urgent d’agir maintenant pour éviter les « conséquences incontrôlées en chaine » !

Elu.es, fonctionnaires, acteurs et actrices socio-économiques ont joué le jeu de partager leur expérience et leur connaissance, dans leur vie personnelle et dans leurs domaines d’action, pour construire une première ébauche de diagnostic territorial sur les différents thèmes de résilience retenus par chacune des collectivités : l’eau, l’alimentation, l’énergie ou les services publics.

Le format en distanciel imposé par les consignes sanitaires a contraint notre équipe et les collectivités à s’adapter à de nouveaux outils numériques et à déployer des moyens et du temps supplémentaires pour des ateliers rythmés et participatifs . Résultat : les participant.es ont exprimé leur satisfaction et leur intérêt pour poursuivre le travail.  L’animation et le rythme des ateliers ont même réussi à faire « oublier » à certain.es qu’ils étaient dans une réunion en visio. « on avait l’impression d’être ensemble à la maison » « c’était très convivial » « l’organisation en petits groupes a facilité l’expression ». Ce n’était pas gagné d’avance étant donné la complexité et la sensibilité du sujet !

Une seconde série d’ateliers est en préparation pour mi juin : les groupes d’acteurs constitués sur chaque territoire vont préciser les diagnostics, proposer des indicateurs de résilience et reformuler les défis à relever pour chaque collectivité. Puis nous les retrouverons en septembre pour co-construire un plan d’action pour chaque collectivité.

Dix autres collectivités d’Ile de France participent également à la mission : en mars nous avons testé avec elles notre approche et début juillet nous revenons vers elles avec les 4 collectivités pilotes pour un partage d’expérience. Avec l’idée de susciter des envies de passer à l’action.

Rendez vous début juillet pour la suite.

Rachel, Lisa, Margot et Catherine

Climate Adaptation Consulting et Greenselipar

#résilienceterritoriale #adaptation #changementclimatique #ademe

Les collectivités pilotes concernées sont l’EPT Plaine Commune, la CA Marne-et-Gondoire, la CA Grand Paris Sud, le Conseil Départemental du Val de Marne

Présentation de la mission sur le site de l’ADEME : https://wiki.resilience-territoire.ademe.fr/wiki/Accompagnement_de_territoires_pilotes_franciliens_dans_leur_réflexion_sur_la_résilience_territoriale

Nous avons réalisé un « Panorama des cadres, méthodes de diagnostic et outils sur la résilience territoriale » disponible sur la librairie de l’ADEME : https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4616-synthese-du-panorama-des-cadres-methodes-de-diagnostic-et-outils-sur-la-resilience-territoriale.html

Confinement des villes : le cadre de vie comme marqueur d’adaptation

Je suis urbaine.

J’ai toujours vécu en ville, en France dans des villes moyennes et à Paris, à l’étranger dans des capitales. J’aime l’activité de la ville, son effervescence, ses couleurs, sa diversité de populations, ses multiples facettes. J’aime pouvoir décider de sortir au dernier moment, en vélo, à pied, en métro sans avoir besoin de prévoir, programmer, planifier. J’aime aller au théâtre, au concert, retrouver des amis, faire mes courses en vélo, à pied,  que mes enfants rentrent de l’école par leurs propres moyens, qu’ils retrouvent des amis sans besoin de transport en voiture…pour moi c’est simple, c’est facile.

Nous avons fait le choix avec mon conjoint de vivre en ville, avec pour critère n°1 de réduire l’usage d’une voiture et pour second critère d’habiter à moins de 30 mn porte à porte de nos lieux de travail. Du coup, nous avons habité dans des logements plus petits, anciens, avec un petit jardin parfois, pour faire coïncider nos critères avec notre budget.

Pendant la période de confinement, j’ai mis à profit la sortie autorisée d’une heure quotidienne  pour explorer le périmètre de 1km autour de mon habitation et observer la moindre manifestation de nature à portée de mon regard. Avant le 20 mars 2020, ce n’était pas mon lieu habituel de balade, privilégiant le centre ancien de Toulouse, les rues autour du Capitole, de St Sernin, les berges de la Garonne qui ouvrent le regard sur les Pyrénées quand le ciel est limpide.

Heureusement c’était le printemps. Les manifestations de nature s’échappaient des jardins privés et apportaient des touches de couleur nouvelles chaque jour. J’ai pris des photos, des arbres en bourgeons, des plantes en fleurissement, des herbes sauvages qui avaient pris leurs aises.

Comme si j’avais besoin de capter cette nature qui m’était devenue interdite 

Interdits les parcs, interdit de marcher le long du canal, interdites les berges de Garonne, interdits les 300m2 de pelouse autour de l’obélisque …Restait à marcher sur les trottoirs et les rues désertées par les voitures.

La chasse à la nature a vite trouvé ses limites. Le plaisir des yeux procuré par le printemps a rapidement laissé la place à la grisaille et la froideur du goudron, des murs, des toits…Mon regard a buté sur les étages des bâtiments. Et une sensation d’enfermement dans la ville s’est installée, insidieusement, petit à petit.

Pour nous, le confinement c’était comme être enfermés dans une prison minérale.

Je n’ai pas identifié tout de suite le manque de végétal (de nature ?). Je crois que pour la première fois j’ai compris ce qu’on appelait le « cadre de vie » : contrainte dans mon périmètre de 1km2, je me suis en fait retrouvée dans un « cadre sans vie». Ca reste douloureux

En échangeant avec des collègues, des amis, la famille, des clients qui étaient confinés à la campagne, dans des villages, j’ai compris que nous ne vivions pas le même confinement.

En ville nous faisions nos courses à pied ou à vélo. En ville nous savourions un silence jamais entendu – pas de voiture, pas de train, pas de camions, pas d’avion. En ville nous avions le choix de nous approvisionner dans différents magasins en fonction de la longueur de la queue (trop de monde ici, j’essaie là bas), du respect des consignes d’hygiène du-de la commerçante. En ville nous pouvions savourer le plaisir de prendre le temps de faire nos courses, puisque cela nous permettait d’être dehors plus que le temps autorisé pour les activités sportives.

Dans un cadre de vie minéral non vivant.

Avec Lisa Russo et Rachel Jouan (Climate Adaptation Consulting), Stéphane Simonet (Acterra) et Guillaume Simonet (Abstractions), tous les cinq engagé.es professionnellement nous interrogeons nos pratiques professionnelles, partageons nos prises de consciences, et essayons de tirer des enseignements de la « crise de la COVID 19 ».

Cette histoire de cadre de vie interroge nos approches territoriales sur l’adaptation. Quand nous abordons la question à l’échelle d’une intercommunalité, comment prenons nous en compte le cadre de vie des habitants dans leur quartier ? Comment prenons nous en compte le vécu et le ressenti des habitants au niveau du quartier avant d’engager une végétalisation pour réduire les ilots de chaleur ou développer les ilots de fraicheur? Comment prenons nous en compte les ouvertures paysagères, les lignes de fuites qui participent au sentiment de bien-être  et contribuent à la circulation de l’air ? Comment compléter les images satellites et les indicateurs pour intégrer les perceptions, l’accessibilité aux espaces de nature, leur confort, leur convivialité ?

Il nous parait primordial d’investir ce « cadre de vie » pour co-construire les capacités d’adaptation des villes avec les habitants, jusqu’à l’échelle du quartier. Conduire des diagnostics sensibles avec les habitants dans leur diversité – les adultes, les enfants, les personnes qui se déplacent lentement, les femmes, les anciens et les nouveaux urbains, les sans domicile fixe… les vivants.

Article rédigé par C.Bossis, Greenselipar sous le regard bienveillant de Rachel Jouan et Lisa Russo, Climate Adaptation Consulting, Stéphane Simonet Acterra et Guillaume Simonet Abstraction services, 16 juillet  2020. Illustration de Anna KEDZ

La covid-19, un répit temporaire pour le vivant non-humain…

Troisième article de notre série écrite à 5 mains, pour tenter de tirer des enseignements de la crise de la Covid-19 et améliorer nos pratiques d’accompagnement en termes d’adaptation aux changements climatiques, rédigé par Guillaume Simonet

C’était une des seules bonnes nouvelles de cette crise aussi violente qu’inattendue : le confinement des humains a pu, le temps de quelques semaines, (relativement) profiter aux non-humains non domestiqués. Vivant au centre-ville de Toulouse, j’ai eu l’heureuse opportunité d’observer lors des semaines de confinement ce printemps silencieusement vivant à chacune de mes sorties. Comme surgies de nulle part, je m’émerveillais des tiges qui poussaient dans la moindre faille d’asphalte, longeaient les murs ou grossissaient le rang des jardins publics cadenassés. Libérées du joug de « l’entretien », je notais que certaines donnaient des fleurs et d’autres de larges feuilles vertes, le tout au milieu de longues graminées qui dominaient les espaces plats. Et à la faveur d’une période pluvieuse, je suivais l’installation de microcosmes d’insectes au milieu de ces mini-jungles urbaines, ravissant les oiseaux perchés sur les longues branches épargnées des habituels élagages. Après plus d’un mois de cette politique bien involontaire de  « laisser aller », je fus surpris : loin d’être des amas impénétrables d’espèces envahissantes malodorantes, je constatai que les pousses étaient raisonnables (seules les graminées et quelques rares fleurs atteignaient tout juste le mètre…), diversifiées et formaient une broussaille légèrement désordonnée qui donnait à la ville rose un air plus décontracté qu’à l’accoutumée : le joyeux vert des ruelles compensait la grisaille de nos anxieuses vies confinées.

… rapidement douché par un violent retour à la réalité

J’avoue m’être émerveillé de cette discrète broussaille urbaine durant ces promenades. Je me mettais alors à imaginer que le constat serait de même au sein des instances de décisions locales. Mais je gardais également en tête qu’une telle gestion pouvait se heurter à une série de complaintes : de telles herbes laissées folles (et leurs cortèges d’insectes belliqueux) allaient-elles gâcher les accrocs des traditionnels pique-niques gazonnés ? Mais je rêvais un peu : ce laisser-aller pourrait-il devenir la pierre angulaire des politiques d’espaces verts urbains de l’ « après » ? Quand je lus que les autorités locales de Grenoble avait intégré cette idée à leur nouvelle politique, je me dis alors que la covid-19 faisait définitivement office de déclencheur ! Quelques jours plus tard, la douche froide arriva sur Toulouse en même temps qu’une fin de mai aux tentations caniculaires : au pied de la « muraille », un tracteur-débroussailleur (!) sonnait la charge. Les parcs rouvraient leurs portes à une armada de débroussailleuses individuelles à essence et à leur insupportable cacophonie. Les murs redevenaient briques, les recoins insipides et les coupes rases. La parenthèse verte se referma et les « habitudes » reprirent de plus belles.

Converger les accompagnements

Nos efforts, en tant que professionnels de l’adaptation aux changements climatiques, se heurtent souvent aux réalités organisationnelles. Je constate un écart, à mon goût encore trop grand, entre la considération du vivant non-humain et celle portée pour les enjeux climatiques, que ce soit dans la communauté scientifique (science du climat vs chercheurs en biodiversité), au sein de structures (associations environnementales vs bureaux d’ingénieurs) ou de services de collectivités (espaces verts vs développement durable/environnement). Heureusement, la tendance au rapprochement est là et peu à peu les cloisons s’estompent. Car, la parade n’est pas à chercher dans de nouvelles technologies, concepts ou moyens : le décloisonnement est le seul mot d’ordre, que ce soit pour les disciplines ou les formations), les aspects cognitifs ou les logiques d’action, les services ou les organisations.

Accompagner le pas de côté

Avec Catherine Bossis (Greenselipar), Rachel Jouan Daniel et Lisa Russo (Climate Adaptation Consulting) ainsi que Stéphane Simonet (Acterra), tous les cinq engagés professionnellement pour accompagner les territoires, les institutions et les activités à se réorganiser face aux impacts des changements climatiques, nous opérons justement dans cette logique de décloisonnement par nos visions systémiques et nos accompagnements en intelligence collective. Nous pensons que les menaces révélées par la COVID – dans cet exemple, reconsidérer le vivant non-humain notamment face aux changements climatiques– obligent chacun de nous une prise de distance : prendre le temps de mieux saisir nos dépendances individuelles et collectives, de formuler ce qui nous semble indispensable et d’imaginer ce que nous voulons dès à présent pour notre territoire « terrain de vie ».

Nous sommes prêts pour jouer ce rôle d’animateur « sensible » en accompagnant les démarches en faveur des SAFN (solutions d’adaptation fondées sur la nature) comme pistes de réorganisation de nos territoires, de nos institutions et de nos activités.

Article de Guillaume Simmonet, rédigé sous le regard bienveillant de Rachel Jouan et Lisa Russo de  Climate Adaptation Consulting , Catherine Bossis, Greenselipar, Stéphane Simonet Acterra , 12 juin 2020. Illustration de Anna KEDZ

Avec la COVID, la peur de manquer de nourriture !

résilience alimentaire copyright Anna Kedz

Deuxième post de la série, rédigé par Rachel Jouan

Je vis dans les collines de la Piège dans la campagne audoise. Le jour du confinement, j’ai vu – pour y avoir contribué – les rayons de la jardinerie du coin se vider de plants potagers et de semences et les coffres de voiture se remplir de sacs de terreau. Les jours suivants, j’ai constaté que mes réseaux amicaux – constitués ou de circonstance – ont échangé sur l’approvisionnement en plants potagers auprès de maraichers locaux, les techniques de culture « pour les nuls » et même les « sauvages comestibles et médicinales ». Puis très vite les « tutos permaculture » ont envahi mes réseaux sociaux, tout comme les recettes les recettes de grand-mères ont refait surface!

Des éleveurs locaux – ayant perdu leurs débouchés habituels à cause de l’interdiction des marchés – se sont organisés pour assurer une livraison à domicile !

Tout s’est passé comme si la pandémie avait révélé chez moi la peur de manquer de nourriture et le besoin de reprendre le contrôle en « mettant les mains dans la terre »!

Deux mois et demi plus tard, la maraichère en herbe en laquelle je me suis transformée réalise la limite de l’exercice de se nourrir : c’est long, c’est plein de surprises -bonnes et mauvaises- , c’est exigeant en surface et en eau et l’assiette reste encore bien maigre !

La COVID révélatrice de notre vulnérabilité alimentaire ?

Puis nous avons découvert avec consternation que certaines récoltes de fruits et légumes étaient compromises car dépendantes d’une main d’œuvre saisonnière originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et même d’Amérique latine

La pandémie a accéléré la prise de conscience de notre vulnérabilité alimentaire et de l’importance de retrouver un niveau minimum d’autonomie alimentaire territoriale pour se sentir en sécurité ! C’est comme si elle avait repositionné les maraichers au rang des métiers essentiels à la société. D’une certaine manière, la question de la résilience alimentaire territoriale, portée par quelques « pionniers », a été propulsée sur le devant de la scène « grâce au COVID ».

La résilience est autant une affaire « humaine » que technique

Les solutions techniques sont globalement connues : le développement des circuits courts, la diversification territoriale de l’agriculture (ou encore la « sortie » de l’hyper-spécialisation régionale), les techniques agro-écologiques, la fonctionnalité des écosystèmes, les plans alimentaires territoriaux… sont autant de pistes stratégiques aujourd’hui portées dans les plans climat-énergie territoriaux et de nombreuses politiques publiques. Mais les solutions techniques ne suffisent pas.

La résilience alimentaire territoriale, comme la résilience tout court, dépend en grande partie de l’existence d’une vision partagée – dans laquelle TOUS les acteurs et les actrices se retrouvent- portée par un écosystème «  humain » qui met en lien . Par exemple la mise en réseau des producteurs/consommateurs en circuits courts locaux, le désir de changer d’habitudes de consommation alimentaire, l’engagement politique fort…

Accompagner le « sensible »

Avec Lisa Russo (Climate Adaptation Consulting), Catherine Bossis (Greenselipar), Stéphane Simonet (Acterra) et Guillaume Simonet (Abstractions), tous les cinq engagé.es professionnellement pour accompagner les territoires et les organisations à réduire leurs vulnérabilités aux impacts du changement climatique, nous opérons justement à cette croisée de la technique (par nos diagnostics territoriaux) et de l’humain.

Nous pensons que les menaces révélées par la COVID – ici la potentielle vulnérabilité alimentaire – obligent à prendre le temps « d’atterrir » et de construire cette vision. En commençant par mieux comprendre nos peurs et dépendances individuelles et collectives, (re)définir ce qui est indispensable à notre existence et ce à quoi nous sommes attaché.es et imaginer ce que nous voulons demain pour notre terre et notre territoire « terrain de vie ».

Nous sommes prêt.es pour jouer ce rôle d’animateur, animatrice « sensible » au service des résiliences (alimentaire, sanitaire, économique et environnementale…) en intégrant aussi le changement climatique.

Article rédigé par Rachel Jouan, Climate Adaptation Consulting, sous le regard bienveillant de Lisa Russo Climate Adaptation Consulting , Catherine Bossis, Greenselipar, Stéphane Simonet Acterra et Guillaume Simonet Abstraction services, 29 mai 2020. Illustration de Anna KEDZ

Et si le crash test mondial du COVID-19 était une occasion de revisiter l’efficacité de nos pratiques de professionnel.les de la transition et de l’adaptation au changement climatique ?

Cela fait bientôt 25 ans que je travaille à sensibiliser les organisations et les territoires à l’importance, puis à l’urgence de s’organiser pour préparer, puis accélérer la transition écologique, pour se préparer aux changements climatiques que nous n’avons pas su réduire et qui font déjà des dégâts économiques, sanitaires et sociaux sur nos territoires.

J’ai fait évoluer mon discours, mes pratiques, mes méthodes.

Pour mobiliser, je me suis référée aux grands engagements mondiaux, européens, nationaux, régionaux. J’ai essayé la rationalité scientifique et technique, la preuve par les chiffres, la communication engageante, la communication non violente, la pédagogie positive, le story-telling, l’humour, l’imaginaire, l’approche individuelle, l’approche groupe, l’approche politique, l’intelligence collective, le partage des bonnes pratiques, le partage des erreurs…

A part la chorégraphie, je pense que j’ai tout tenté

Cette crise du COVID, je l’ai prise en plein dans la figure – comme beaucoup d’entre nous-et je la vis comme un « crash test » préfigurant de ce qui nous attend avec le changement climatique. Avec une petite musique insidieuse qui me susurre à l’oreille « on a tout essayé pour sensibiliser aux chocs (dont climatiques) depuis des années, si on s’était mieux préparé on aurait pu l’éviter ou le prendre moins fort. Tout ce que tu fais depuis 25 ans, tout ce que fait la communauté des personnes qui porte ces mêmes messages ces mêmes valeurs sur la transition écologique ça a servi à quoi ?». Même si une autre voix me dit que les changements de société c’est plus compliqué que ça. Ca fait mal.

Et si nous – la communauté des professionnel-les de la transition écologique commencions par interroger l’efficacité de nos pratiques professionnelles. Si nous acceptions de faire le double constat que les messages sur le changement climatique ne sont pas suffisamment passés auprès des décideurs pour déclencher des actions à la hauteur des enjeux  et que les territoires et les organisations ne sont pas assez préparés pour faire face aux impacts du changement climatique, comme ils ne le sont pas pour faire face à ce nouveau virus.

Le choc de la pandémie COVID 19 nous invite à nous questionner pour améliorer nos pratiques.

Avec Rachel, Stéphane et Guillaume, tous les quatre engagés professionnellement pour accompagner les territoires et les organisations à réduire leurs vulnérabilités aux impacts du changement climatique, nous avons décidé d’interroger nos pratiques professionnelles, d’exprimer nos prises de consciences, de tirer des enseignements de la « crise de la COVID 19 ».

Notre intention début 2020 était de construire un « outil déclencheur » : pour faire prendre conscience qu’il est vital à pour toute organisation, tout territoire de se préparer sans attendre à faire face aux bouleversements du changement climatique. La « crise de la COVID 19 » a fait office de déclencheur.

Aujourd’hui, collecter les expériences vécues dans les territoires et les organisations, analyser ce qui a fonctionné, ce qui a été difficile, écouter les ressentis, souligner les liens entre la crise du COVID 19 et des futures crises climatiques, va enrichir nos approches.

Elles seront mieux ancrées, plus terrestres, parce que nous appartenons aujourd’hui tous à une même communauté, celle qui a vécu dans son quotidien cette crise.

Article rédigé par C.Bossis, Greenselipar sous le regard bienveillant de Rachel Jouan, Climate Adaptation Consulting, Stéphane Simonet Acterra et Guillaume Simonet Abstraction Services, 15 mai 2020. Illustration de Anna KEDZ