Avec la COVID, la peur de manquer de nourriture !

résilience alimentaire copyright Anna Kedz

Deuxième post de la série, rédigé par Rachel Jouan

Je vis dans les collines de la Piège dans la campagne audoise. Le jour du confinement, j’ai vu – pour y avoir contribué – les rayons de la jardinerie du coin se vider de plants potagers et de semences et les coffres de voiture se remplir de sacs de terreau. Les jours suivants, j’ai constaté que mes réseaux amicaux – constitués ou de circonstance – ont échangé sur l’approvisionnement en plants potagers auprès de maraichers locaux, les techniques de culture « pour les nuls » et même les « sauvages comestibles et médicinales ». Puis très vite les « tutos permaculture » ont envahi mes réseaux sociaux, tout comme les recettes les recettes de grand-mères ont refait surface!

Des éleveurs locaux – ayant perdu leurs débouchés habituels à cause de l’interdiction des marchés – se sont organisés pour assurer une livraison à domicile !

Tout s’est passé comme si la pandémie avait révélé chez moi la peur de manquer de nourriture et le besoin de reprendre le contrôle en « mettant les mains dans la terre »!

Deux mois et demi plus tard, la maraichère en herbe en laquelle je me suis transformée réalise la limite de l’exercice de se nourrir : c’est long, c’est plein de surprises -bonnes et mauvaises- , c’est exigeant en surface et en eau et l’assiette reste encore bien maigre !

La COVID révélatrice de notre vulnérabilité alimentaire ?

Puis nous avons découvert avec consternation que certaines récoltes de fruits et légumes étaient compromises car dépendantes d’une main d’œuvre saisonnière originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et même d’Amérique latine

La pandémie a accéléré la prise de conscience de notre vulnérabilité alimentaire et de l’importance de retrouver un niveau minimum d’autonomie alimentaire territoriale pour se sentir en sécurité ! C’est comme si elle avait repositionné les maraichers au rang des métiers essentiels à la société. D’une certaine manière, la question de la résilience alimentaire territoriale, portée par quelques « pionniers », a été propulsée sur le devant de la scène « grâce au COVID ».

La résilience est autant une affaire « humaine » que technique

Les solutions techniques sont globalement connues : le développement des circuits courts, la diversification territoriale de l’agriculture (ou encore la « sortie » de l’hyper-spécialisation régionale), les techniques agro-écologiques, la fonctionnalité des écosystèmes, les plans alimentaires territoriaux… sont autant de pistes stratégiques aujourd’hui portées dans les plans climat-énergie territoriaux et de nombreuses politiques publiques. Mais les solutions techniques ne suffisent pas.

La résilience alimentaire territoriale, comme la résilience tout court, dépend en grande partie de l’existence d’une vision partagée – dans laquelle TOUS les acteurs et les actrices se retrouvent- portée par un écosystème «  humain » qui met en lien . Par exemple la mise en réseau des producteurs/consommateurs en circuits courts locaux, le désir de changer d’habitudes de consommation alimentaire, l’engagement politique fort…

Accompagner le « sensible »

Avec Lisa Russo (Climate Adaptation Consulting), Catherine Bossis (Greenselipar), Stéphane Simonet (Acterra) et Guillaume Simonet (Abstractions), tous les cinq engagé.es professionnellement pour accompagner les territoires et les organisations à réduire leurs vulnérabilités aux impacts du changement climatique, nous opérons justement à cette croisée de la technique (par nos diagnostics territoriaux) et de l’humain.

Nous pensons que les menaces révélées par la COVID – ici la potentielle vulnérabilité alimentaire – obligent à prendre le temps « d’atterrir » et de construire cette vision. En commençant par mieux comprendre nos peurs et dépendances individuelles et collectives, (re)définir ce qui est indispensable à notre existence et ce à quoi nous sommes attaché.es et imaginer ce que nous voulons demain pour notre terre et notre territoire « terrain de vie ».

Nous sommes prêt.es pour jouer ce rôle d’animateur, animatrice « sensible » au service des résiliences (alimentaire, sanitaire, économique et environnementale…) en intégrant aussi le changement climatique.

Article rédigé par Rachel Jouan, Climate Adaptation Consulting, sous le regard bienveillant de Lisa Russo Climate Adaptation Consulting , Catherine Bossis, Greenselipar, Stéphane Simonet Acterra et Guillaume Simonet Abstraction services, 29 mai 2020. Illustration de Anna KEDZ

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